La Thérapie du vert – S’imprégner du renouveau du printemps

Dans la pensée de Sainte Hildegarde de Bingen, la relation à la nature ne relève pas d’un simple agrément sensible. Elle s’inscrit dans une anthropologie unifiée, où le corps, l’âme et l’esprit participent d’un même équilibre vivant.

Dans Causae et Curae (Causes et remèdes), Hildegarde établit un lien explicite entre la perception visuelle du monde naturel et l’état intérieur de la personne :

« Les yeux sont attirés par la verdeur de la terre […] et ils en reçoivent un certain soulagement. »

Cette affirmation, souvent citée, dépasse la seule question du repos oculaire. Elle traduit une compréhension plus profonde du lien entre perception et intériorité : le regard porté sur le vivant agit comme un médiateur de régulation, capable d’apaiser certaines tensions et de restaurer une forme d’équilibre.

Cette intuition se prolonge dans une autre formule, tout aussi significative :

« La terre verdoyante réjouit l’homme. »

La joie, chez Hildegarde, n’est jamais accessoire. Elle est constitutive de la santé, au même titre que l’harmonie des humeurs ou la justesse des rythmes de vie.
Ainsi, la contemplation du monde vivant ne relève pas seulement de l’esthétique : elle participe d’un processus de restauration intérieure.

Cette approche trouve son fondement dans une notion centrale de son œuvre : la viriditas, souvent traduite par “verdeur” ou “force de vie”.
La viriditas désigne cette énergie vitale qui traverse la création tout entière et qui, lorsqu’elle circule librement, soutient la croissance, la fécondité et l’équilibre.

À l’inverse, Hildegarde évoque l’ariditas, la sécheresse — état de dessèchement, de rupture, qui touche aussi bien le corps que l’âme.

Dans cette perspective :

  • La proximité avec le vivant nourrit la viriditas
  • L’éloignement du vivant peut conduire à une forme d’appauvrissement intérieur

En ce sens, porter son regard sur le vert — prairies, feuillages, arbres — n’est pas un geste anodin : c’est une manière concrète de se disposer à recevoir et à laisser circuler cette force de vie.

À l’époque printanière, où la nature manifeste avec évidence ce renouveau, cette pratique prend une dimension particulière.

S’arrêter, contempler, s’exposer à la lumière, laisser le regard se poser et se reposer…
Autant de gestes simples qui peuvent devenir, dans une lecture hildegardienne, des actes de rééquilibrage intérieur.

Dans une perspective spirituelle, cette attention au vivant peut également s’ouvrir à une attitude de présence et de louange : reconnaître dans la beauté de la Création une source qui dépasse l’homme, et s’y relier intérieurement.

Ainsi, ce qui pourrait sembler n’être qu’une expérience sensible devient une voie d’unification :
celle d’un corps apaisé, d’un esprit éclairé, et d’une âme tournée vers ce qui la fait vivre.

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